- WREN (C.)
- WREN (C.)Wren est le plus célèbre architecte anglais et, dans ses projets les plus réussis, probablement le plus éminent. Son œuvre est inégale, en partie à cause de son absence de formation, mais aussi parce que ses protecteurs et surtout la Couronne ne disposaient pas des fonds nécessaires pour exécuter ses plans les plus ambitieux. Sa production fut prodigieuse : la cathédrale Saint Paul et cinquante-deux églises à Londres, trois palais, deux hôpitaux importants et un grand nombre d’ouvrages mineurs. Dans ses premières constructions et jusque vers 1675, il s’appuie beaucoup, pour le détail, sur les traités de Serlio et de Palladio, mais son style change au cours des années quatre-vingt. Son échelle s’agrandit, et, dans ses projets, il assemble fréquemment les différents corps de bâtiment; en fait, la conception en est baroque, bien qu’on puisse admettre qu’il s’agit d’un baroque mesuré. Wren ne visita jamais l’Italie, de sorte qu’il devait tirer des gravures ses notions du baroque intégral. En 1665, antérieurement à sa décision définitive de devenir architecte, il fit un unique voyage sur le Continent (en France), mais il en garda une impression profonde. Depuis cette date et jusqu’à la fin du siècle, il contribua essentiellement à faire comprendre à l’Angleterre l’architecture classique.Les années de formationWren naquit à East Knoyle dans le Wiltshire : sa jeunesse fut consacrée à la science et aux mathématiques où il excellait. Avant l’âge de trente ans, il occupa deux chaires d’astronomie à Londres, puis à Oxford, et fut, en 1661, membre fondateur de la Société royale des sciences. Cette culture scientifique lui donna le goût de résoudre les problèmes, et ses connaissances mathématiques lui furent précieuses.Ses premiers ouvrages furent commencés avant 1665. Le plus important concerne le Sheldonian Theatre à Oxford, où se posait le problème de couvrir un vaste espace sans le soutien de colonnes intérieures; Wren eut recours à des formes de bois triangulaires auxquelles le plafond était fixé. Le résultat suscita la vive admiration de ses contemporains bien que la conception de l’extérieur ne fût pas encore très perfectionnée.Les travaux de Wren à la Société royale des sciences attirèrent rapidement l’attention du roi, ce qui eut un rôle important dans la suite de sa carrière. Cette période de formation s’achève par le voyage en France en 1665-1666.Le grand incendie et ses répercussionsEn septembre 1666, Londres fut presque complètement détruit par un grand incendie. Le roi désigna une commission dont Wren faisait partie pour résoudre les vastes problèmes qui en résultèrent. Cette catastrophe fut l’un des événements déterminants de la carrière de Wren qui fut occupé presque jusqu’à la fin de sa longue existence par les tâches de reconstruction. Des projets tendant à reconstruire l’ensemble de la ville selon un plan radioconcentrique se révélèrent irréalisables, et les membres de la commission se tournèrent vers le problème des églises dont cinquante-deux devaient être relevées. Wren fut probablement l’auteur des plans, mais il lui était impossible de surveiller tous les travaux en personne, et à certains endroits l’exécution est inélégante. L’extérieur, à l’exception des tours, importe peu, car il est de brique, matériau disponible le moins coûteux. Les plans, en revanche, sont fort intéressants. Certains des sites étaient irréguliers, Wren réussit cependant à aménager un édifice rectangulaire sur la plupart d’entre eux. Il n’y a cependant pas deux intérieurs identiques, et les proportions aussi bien que les solutions constructives adoptées pour le plafond et ses supports présentent une foule de variations ingénieuses. Elles sont souvent enrichies de galeries situées soit latéralement, soit à l’intérieur de la façade principale. La construction de nombreuses églises fut entreprise dans les années soixante-dix et plus encore dans les années quatre-vingt: la majorité des édifices étant prêts à être ouverts au culte vers 1685. Les tours et les flèches sont fréquemment bien postérieures au corps principal de l’église, et leur grande variété témoigne de l’esprit inventif de Wren. Malheureusement, les églises furent cruellement abîmées lors de la Seconde Guerre mondiale. Certaines d’entres elles ont pu être restaurées.En 1669, Charles II avait nommé Wren Surveyor General auprès de la Couronne, et il fut fait chevalier en 1673 lorsqu’il abandonna finalement sa chaire d’astronomie à Oxford.La cathédrale Saint PaulEn raison d’une plus grande urgence, les églises furent mises en chantier avant la cathédrale, bien que Wren ait commencé dès 1668 à en dessiner des projets. L’histoire longue et compliquée de ses multiples déconvenues ne peut être discutée ici. Wren était partisan d’une église à plan central en forme de croix grecque, mais le clergé y était hostile, et l’idée fut abandonnée, bien que, à en juger par une maquette qui se dresse encore dans la cathédrale, elle ait été l’une des plus magnifiques conceptions de Wren.Charles II et Wren durent alors conclure un compromis. Wren fournirait des plans qu’il savait devoir agréer au clergé et Charles les accepterait par un acte royal contenant une clause autorisant l’architecte à apporter des modifications en cours de construction. Le projet retenu manque de hardiesse, il ne saurait être postérieur au Great Model et pourrait être celui de 1668. Il prévoit une croix latine longitudinale avec nef et chœur surhaussés traditionnellement par rapport aux bas-côtés.La première pierre fut posée au chevet en 1675, et Wren apporta presque immédiatement une modification. Le projet de l’acte royal indiquait que les murs seraient en retrait au-dessus des bas-côtés et le mur extérieur s’élève sur un seul plan vertical sur toute la hauteur de la cathédrale. Cela confère à l’édifice une grandeur qui était absente du projet de l’acte royal et devait jouer un rôle important dans l’étayage de la coupole. En fait, la partie supérieure du mur est factice et sert à dérober à la vue les toits des bas-côtés et une série d’arcs-boutants.L’acte royal implique que seul un nouveau chœur devait être reconstruit, le reste étant laissé à plus tard. Là encore, Wren opéra un changement, car, en 1684, bien que le chœur fût loin d’être achevé, des entrepreneurs travaillaient au côté nord de la nef. Au fur et à mesure que l’édifice s’élevait, il apparut orné d’une riche décoration florale dont l’échelle était parfaitement harmonisée aux proportions de l’ensemble. De nombreuses sculptures sont visibles également à l’intérieur de l’église. Ni le dôme ni les tours de la façade ne furent bâtis avant 1700. Les tours, dont les lignes sont rompues par des colonnes couplées, sont le trait le plus baroque de la cathédrale et contrastent avec la simplicité apparente du dôme. Ici, le tambour est entouré également d’une colonnade circulaire, bien qu’un intervalle sur quatre soit plein et serve ainsi de contrefort tout en ne rompant pas le grand élan de la corniche. Le dôme très élevé est supporté par huit piliers à l’intérieur de l’église et formé de trois coques. La coque intérieure s’infléchit en une courbe harmonieuse au-dessus du grand espace central percé d’une ouverture circulaire en son milieu, d’où la lumière pénètre largement par de hautes baies invisibles d’en bas. La coque extérieure de plomb recouvre celle de bois qui est au milieu, et entre les deux s’intercale un gros cône de brique qui supporte le poids de la grande lanterne.Le dôme fut achevé en 1710, et le fils de Wren fut hissé au sommet dans une corbeille pour la pose de la dernière pierre, qui eut lieu quarante-cinq ans après celle de la première.Les édifices civilsOutre le grand nombre d’édifices religieux qu’il conçut, Wren reçut également de multiples commandes civiles importantes. La première fut la bibliothèque du Trinity College à Cambridge (1676-1684). Cet édifice d’un seul tenant est d’une conception hardie, et les ordres architecturaux sont traités avec une précision extrême; il fut construit sur l’extrémité libre d’une cour du début du XVIIe siècle, et une comparaison avec les bâtiments antérieurs révèle le changement que Wren apportait à l’architecture anglaise. L’ensemble est un peu plus complexe que ne le suggère l’extérieur, car l’étage principal n’est pas au sommet de l’ordre inférieur, mais abaissé au niveau des tympans sculptés. Le résultat est une pièce haute de plafond, qui offre un ample espace pour les rayonnages sous les fenêtres et un bon éclairage pour la lecture.Dans les autres édifices importants qu’il conçut, Wren introduit l’agencement de corps de bâtiment groupés autour de cours. L’hôpital de Chelsea (1682-1691) a une avant-cour unique et profonde avec de longues ailes latérales en brique; la façade du bâtiment principal qui les relie est décorée d’un ordre géant de pierre, orné de loggias des deux côtés de colonnes plus petites; elle est surmontée d’une lanterne avec une coupole.Au cours de la même décennie, Wren entreprit de construire un palais pour Charles II à Winchester (1683-1685), dont seuls subsistent des fragments, car le chantier fut pratiquement abandonné après la mort du roi en 1685. Wren envisageait un alignement de cours en entonnoir au fond duquel le corps principal soutiendrait une coupole.L’avènement du roi Guillaume et de la reine Marie en 1688 apporta un regain d’ouvrage. Guillaume, trouvant le palais de Whitehall insalubre, acheta une demeure datant du début du XVIIe siècle, à Kensington, que Wren remania pour lui. Une commande plus importante suivit bientôt. Le couple royal décida de faire de Hampton Court (1689-1702) sa résidence principale à la campagne. Un palais Tudor occupait déjà le site, mais le projet de Wren supposait la démolition du bâtiment Tudor, excepté le grand hall Henri VIII. Le nouveau palais aurait une vaste façade avec un ordre colossal surmonté par une coupole et déboucherait sur une grande arrière-cour unique entourée de bâtiments. Ce grand dessein fut rejeté comme étant trop onéreux, mais un autre fut rapidement présenté. Les cours Tudor devaient subsister, et Wren leur avait ajouté une cour spacieuse avec, pour la reine, des appartements donnant sur le parc, alors que ceux du roi seraient orientés vers le sud. Hampton Court fournit la meilleure occasion d’étudier combien Wren est habile dans l’art de combiner deux matériaux. L’ouvrage principal est en brique, mais rehaussé d’embellissements considérables en pierre, et l’exploitation des contrastes de couleurs permet de prévenir la monotonie et d’éviter de donner trop d’importance aux verticales ou aux horizontales.Le dernier édifice civil que Wren exécuta, et à bien des égards le plus réussi de tous, est l’hôpital de Greenwich (1696-1702). Une fois de plus, il proposa un alignement de cours débouchant en apothéose sur un grand bâtiment couronné d’une coupole. Le projet fut rejeté, car le bâtiment surmonté de la coupole aurait bouché la vue sur le fleuve de la Maison de la reine, œuvre d’Inigo Jones, située un peu plus haut sur la colline. Il résolut finalement le problème en élevant deux avant-corps saillants plus proches du fleuve, la position du grand hall orné de peintures et de la chapelle étant désormais marquée par deux dômes réduits prenant appui sur de hauts tambours. Deux longues colonnades en partaient pour former un cadre à la Maison de la reine.Wren mourut dans sa maison de St. James Street à Londres. Il fut inhumé dans la crypte de Saint-Paul, et son fils plaça sur le mur, au-dessus de la pierre tombale très simple, une inscription qui s’achève sur ces mots : ... lector , si monumentum requiris , circumspice («lecteur, si tu désires un monument, regarde autour de toi»).
Encyclopédie Universelle. 2012.